William Kraft : Concerto pour timbales et orchestre n° 2

Publié le par jmw

Concert à l'Auditorium de Lyon, 4-6 décembre 2008


WILLIAM KRAFT, CONCERTO POUR TIMBALES ET ORCHESTRE N°2 « THE GRAND ENCOUNTER » (LA MAGNIFIQUE RENCONTRE)


Composé en 2004 et révisé en 2006, commandé par l’Orchestre symphonique de San Francisco et créé le 9 janvier 2005 par David Herbert sous la direction de Michael Tilson Thomas au Davies Symphony Hall. Version révisée donnée en 2007 par James Boznos et l’Orchestre Philharmonique de Hong-Kong placés sous la direction de Xian Zhang.
1. Tutti marcato e pesante
2. Lento
3. ... – Epilogue


Expliquant, dans son célèbre traité d’orchestration (1844), que les timbales lui paraissaient être, de tous les instruments à percussion, « le plus précieux, celui, du moins, dont l’usage est le plus général, et dont les compositeurs modernes ont su tirer le plus d’effets pittoresques et dramatiques », Hector Berlioz dut néanmoins reconnaître que les anciens maîtres ne s’en étaient guère servi que pour « frapper la tonique et la dominante sur un rythme plus ou moins vulgaire, dans des morceaux à caractère brillant ou à prétentions guerrières. » Et bien que le traité de Rimsky Korsakov ait confirmé son affirmation en offrant aux timbales une même « première place », il fallut
à l’instrument attendre bien des années pour s’extraire de l’orchestre et revêtir le costume du soliste.


Quelques musiciens avaient certes tenté de le libérer de son rôle un peu trop militaire, à commencer par Christoph Graupner qui avait aligné six timbales différentes dans une symphonie de 1747, Johann Fischer qui en avait ajouté deux de plus dans une autre symphonie de 1792, et Berlioz lui-même, exigeant huit timbaliers et seize timbales dans son Requiem de 1837 (sans oublier les huit timbales d’une Ode à Schiller sur la révolution des sphères d’Anton Reicha, ou les seize requises, en 1749 déjà, par les concerts royaux de Haendel). Avec ses quinze timbales, le second concerto de William Kraft ferait donc pâle figure face à la démesure berliozienne s’il ne demandait pas à un seul musicien de prendre en charge la totalité des instruments. Mais malgré toutes ces expériences, les timbales eurent bien du mal à s’imposer sur les devants de la scène, alors que les percussions, dotées d’une variété inouïe de timbres, avaient déjà connu le bonheur du genre concertant grâce aux partitions de Darius Milhaud (1930) et
d’Henry Cowell (1932) notamment.


En 1984, trente-quatre ans après la création d’un concerto d’un autre Berlioz (Gabriel-Pierre de son prénom), William Kraft avait déjà oeuvré pour le renouvellement du répertoire des timbales en leur proposant un concerto riche en modes de jeux inattendus, demandant par exemple à l’instrumentiste de poser ses baguettes et de ne plus utiliser que ses doigts gantés de feutre puis de cuir. Vingt ans plus tard, son second concerto s’oppose plus encore à la direction prise par la percussion au 20e siècle, lorsque Edgard Varèse s’était dit attiré par les percussions dans la mesure où tout autre instrument l’aurait amené vers quelque « anecdote mélodique » alors que le rythme seul l’intéressait. Plus préoccupé par le potentiel mélodique que par le potentiel rythmique de la timbale, William Kraft imagine tout d’abord le développement d’une brève cellule thématique, née des unissons syncopés de l’orchestre puis soumise à des accélérations et décélérations plus ou moins progressives. Et ce n’est que dans une première cadence que le soliste se désynchronise vraiment des autres instruments. Bien sûr, notre écoute est encore un peu trop attirée par quelques lignes mélodiques mieux définies, chantées par les vents, par les claviers ou par les cordes. Mais de cette expérience se dégage une alternance de décalages et de fusions qui autorise, autant que le traditionnel dialogue concertant, la « magnifique rencontre » annoncée par le sous-titre. Un sous-titre renvoyant à une longue série de partitions de William Kraft consacrée aux rencontres de la percussion avec d’autres instruments, rencontres avec un saxophone (Rencontre n°9), un violon (n°10, avec le marimba) une harpe (n°12) ou un quintette à vents (n°13). Tantôt pleinement intégrées dans la masse sonore, tantôt isolées, les timbales chantent sans cesse.


Passant d’un plan à l’autre, elles n’hésitent pas à doubler/être doublées par leurs compagnons du moment, par la clarinette basse, le piano ou les cordes, la fin de l’épilogue démontrant que, du point de vue mélodique, elles n’ont rien à envier à personne. Placée sous le signe de l’égalité plutôt que sous celui, plus concurrentiel, de la virtuosité, leur union avec l’orchestre n’en est que plus belle. Ce dont William Kraft eut peut-être l’idée à l’occasion de la reprise d’un merveilleux ballet, son activité de percussionniste n’ayant pas manqué de l’inspirer (1) : « Je me souviens d’une
fois où nous jouions le Divertimento du Baiser de la fée de Stravinsky où je fus ébahi par la façon dont une simple ligne de musique pouvait parcourir tout l’orchestre, section après section, accordant la même importance aux percussions qu’aux autres instruments et restant superbe. Cela m’a énormément stimulé mais je ne pense pas avoir
jamais eu à copier la musique de Stravinsky pour montrer son influence sur ma pensée. »
(1) Avec l’Ensemble de percussions et l’Orchestre philharmonique de Los Angeles, William Kraft a participé à de nombreuses premières mondiales ou américaines de Lou Harrison, Ernst Krenek, Igor Stravinsky, Edgard Varèse, Karlheinz Stockhausen ou Pierre Boulez.

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